Meg Stuart
Damaged Goods
Jozef Wouters/Decoratelier
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TAGESSPIEGEL, The crack in my body - Sandra Luzina (28/03/14)
TAZ, The choreographic principle of the collage Taz - Katrin Bettina Müller (28/03/14)
BERLINER ZEITUNG, In Fellstiefeln singt Meg Stuart sogar - Michaela Schlagenwerth (28/03/14) [ German ]
MOUVEMENT n° 73, Sketches/Notebook - Jean-Marc Adolphe (10/03/2014) [ French ]
DIE DEUTSCHE BÜHNE, The worlds of Meg Stuart - Anna Volkland (27/03/14)
DIE DEUTSCHE BÜHNE, Les mondes de Meg Stuart - Anna Volkland (27/03/14) [ French ]

Meg Stuart se méfie des mots. Elle le dit elle-même. Et une bonne tentative, lorsque l’on ne peut ou ne veut pas se taire, est de prendre le temps et l’espace pour créer ces phrases. En même temps, il ne faut pas oublier toutes ces choses importantes que sont les images, les sons, les mouvements, les matériaux. Surtout ne pas omettre de les relier entre elles et de toutes les manières qu’il soit afin d’entremêler fiction et réalité, documents et atmosphères, souvenirs et rêves, visible invisible, pensées des autres et personnelles. Il s’agit avant tout d’une individualité, abordée dans « HUNTER » au cours de différentes phases narratives. Ou, plus exactement, « HUNTER » nous donne la possibilité de côtoyer la singularité de Meg Stuart. En tant qu’artiste, femme et être vivant, Meg Stuart nous invite dans cette pièce à comprendre les questions qui la traversent mais aussi à en découvrir les répercussions possibles. « Je pense qu’influer sur l’esprit de quelqu’un est l’une des meilleures choses qui puisse exister » entend-on Jonas Mekas constater après plus d’une heure et demie de spectacle, une phrase qui fait plus que du bien à entendre.

Depuis plus de vingt ans, Meg Stuart évolue dans le domaine de la danse et du théâtre et ses projets ont eu des formes et des formats très divers. « HUNTER » constitue sa première pièce en solo et conçue pour l’auteur elle-même. L’idée d’un solo, d’autant plus dans la catégorie « Danse », entraîne sur une fausse piste. « HUNTER » n’est en aucun cas un détournement de l’artiste vers un format plus modeste. Même l’annonce de vouloir explorer son corps en tant qu’archive peut induire en erreur : l’idée d’une mémoire corporelle individuelle difficile à partager avec d’autres est pour Meg Stuart le point de départ à une recherche d’espoir, de l’être-ensemble et des utopies. On peut ainsi, à différents égards, considérer « HUNTER » comme une grande œuvre, proche d’une œuvre d’art totale.
Aux côtés de la chorégraphe ont travaillé, parmi d’autres, le dramaturge Jeroen Peeters, qui s’est chargé de donner au texte sa puissance narrative en réunissant les remarques nées des répétitions et de réunir les pensées de Charlotte Selver, Yoko Ono, Miranda July et de bien d’autres, ainsi que le designer sonore Vincent Malstaf, dont les collages produits à partir de documents acoustiques, les chansons (en particulier celles des années 1980), la musique électronique et les sons constituent en quelque sorte la ligne directrice de cette performance. Le lieu même de la représentation, une salle pleine à craquer où Meg Stuart erre à sa guise, est propice à ces expérimentations, et ce que l’artiste raconte, s’amuse, s’inquiète, se taise ou vocifère. La décoratrice Barbara Ehnes a créé pour la scène du HAU2 une sculpture en longueur composée de gigantesques éléments bricolés. D’ailleurs, la pièce débute sur cette sculpture alliée à un photocollage de paillettes et de mousses de Meg Stuart. La costumière Claudia Hill a aussi suivi ce principe qui permet d’échapper à des catégories prédéterminées. Chaque phase de la performance nécessite ainsi un autre « emballage » de l’artiste. Le travail de l’éclairagiste Jan Maertens révèle une attention portée à l’ouverture ou au cloisonnement (protecteur) de l’espace théâtral ainsi qu’aux possibilités offertes par le regard et « l’être regardé ». Tout particulièrement, la vidéo de l’artiste Chris Kondek, jouée sur trois écrans et alliant photographies et prises de vue filmées se caractérise par un assemblage de rognures, de matériaux bruts, d’images superposées, de personnes et de paysages. Le non-initié ne reconnaît ni rien ni personne. Pourtant, on aurait pensé que les films servaient à fixer une réalité.

L’environnement de « HUNTER » est aussi joué qu’énigmatique, un véritable rhizome. Il n’y a apparemment aucune hiérarchie dans les objets montrés et les sens suggérés. Ce que ce monde nous démontre et nous raconte est similaire à celui qui régit nos esprits. Mais en même temps, la soirée est clairement structurée autour d’un programme précis.

Phase 1 : Bricoler avec Meg Stuart, retransmission en direct de détails filmés, de clichés privés et autres, manipulation du matériel visuel. Plus tard, Meg Stuart nous dit qu’elle ne pense pas que son père se souvienne encore vraiment, surtout quand il raconte les mêmes histoires. Cela dure un bon moment jusqu’à ce que nous voyions Meg Stuart de face. Elle est debout, s’avance, s’agenouille, ne danse pas. Pour ne pas regarder devant. Et même quand elle le fait, on aperçoit à peine son visage, dissimilé par ses cheveux, ou bien ses mains, ou bien ses bras. Les premiers mouvements ressemblent à des idées reçues sur ses propres chorégraphies. On pourrait aussi les définir comme des « extraits comprimés ». Entre chacun de ces moments, Meg Stuart semble désemparée, perdue.

Phase 3 ou 4 ou 5 (dans tous les cas, la dernière) : Meg Stuart se change. En guise de conclusion, elle a enfin vraiment dansé, en silence, improvisé à partir de mouvements précis et changé d’expressions un nombre incalculable de fois. Il y a eu des moments durant lesquels elle se relâchait et renvoyait une image heureuse. Des moments fugaces. On pourrait en dire beaucoup, mais pour l’instant, on peut seulement dire que tout ce qui est arrivé jusqu’à ce point était indispensable, sur quoi Meg Stuart enfile un gilet de sauvetage, met une oreillette et ….
« On aurait dit qu’elle était timide ». Ce sont les premiers mots que l’on entend, tandis qu’elle se tient, loin, derrière un rideau de gaze. Quand on la connaît depuis plus longtemps… hm… on pense encore et toujours la même chose. Meg Stuart dans le rôle d’une oratrice. Étonnant. Elle parle ensuite, toujours détendue, de divers thèmes et sans différencier l’intime du public, entre banalités et visions. Elle s’interroge sur notre futur. Il n’y aucune raison de présumer une intention quelconque derrière les mots prononcés. C’est tellement rare et inhabituel que cela touche (insensiblement). Beaucoup en sont même manifestement irrités. Cette soirée aura été très particulière, telle un cadeau.

Traduction Eléonore Muhidine

P.S., Slalom - Thierry Frochaux (25/09/14) [ German ]
DE STANDAARD, Meg Stuart's sensational hall of mirrors, Charlotte de Somviele
UTOPIA PARKWAY, Beautiful cutting up and reassembling the past: ‘Hunter’ by Meg Stuart/Damaged Goods
DFDanse, Un chef d’oeuvre peut en cacher un autre, Margot Cascarre (15/05/14) [ French ]
Voir.ca, Danse libre sur musique grandiose, Philippe Couture (15/05/14) [ French ]
TAZ, Le collage comme principe chorégraphique - Katrin Bettina Müller (28/03/14) [ French ]
TAGESSPIEGEL, La déchirure dans mon corps - Sandra Luzina (28/03/14) [ French ]

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