Meg Stuart
Damaged Goods
Jozef Wouters/Decoratelier
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MOUVEMENT, Chasseur de Palimpsestes, Lauriane Schulz [ French ]

Chasseur de palimpsestes

Du 4 au 7 février dernier, les « spectacles vivants » du Centre Pompidou ont présenté Hunter, premier solo de la chorégraphe et danseuse américaine Meg Stuart. Retour sur une pièce éclectique et dense, où l’artiste creuse la mémoire de son propre corps en multipliant les modes d’expression.

C’est une première pour Meg Stuart. Celle qui a fondé la compagnie Damaged Goods en 1994 et que l’on connaît pour ses créations d’envergure – VIOLET (2011), Built to Last (2012), Sketches/Notebook (2013), pour ne citer ici que les plus récentes –, apparaît enfin seule sur scène, sous les projecteurs d’une histoire : la sienne.

D’emblée, Hunter s’épanche dans une scénographie savoureuse, tant par la dimension plastique des matériaux utilisés (bois, feutre, plexiglas) que par l’éclairage soigneusement orchestré. L’œil spectateur ricoche d’un bout à l’autre de la scène : en dehors de l’estrade où se déplace principalement la chorégraphe se dressent trois écrans, sur lesquels sont projetés, souvent de façon alternée, toujours furtivement, des images et bribes de films, en couleurs ou noir et blanc. Une table et une chaise, un banc, une construction précaire à l’apparence d’un chapiteau (voire, pourquoi pas, d’un radeau) complètent le tableau.

Fil conducteur du travail de Meg Stuart, l’articulation de la danse et des arts visuels est une fois de plus au rendez-vous, tout comme l’importance accordée au son. Bruitages confus, ambiances électroniques, trames musicales variées, effets de rembobinage accéléré, rires, voix et murmures s’entremêlent selon différents degrés d’intensité, de l’à peine audible à l’assourdissant. La bande-son, jusqu’en sa matière la plus brute, est élément structurant, au même titre que le silence.

La mémoire, corps-pellicule

Dans cet espace traversé d’images (visages, anciennes photos de famille, paysages), mais aussi puissamment tactile et sonore, tout semble tendre vers un seul effort : travailler la mémoire. Celle du corps. Une mémoire stratifiée, contorsionnée, que l’artiste cherche à faire éclore. Pendant près d’une heure, l’énergie déborde : secoué par des forces obscures et invisibles, pris de spasmes, tordu, saccadé, propulsé, roulé par terre, ou tout simplement tâté et déroulé, immobile, découvert, le corps se rappelle. Il devient réservoir de sensations, Mnémosyne revisitée, plongée dans une archéologie du souvenir et de l’intériorité. Avec Hunter, Meg Stuart parvient à révéler cet espace où corps et esprit se trouvent inextricablement imbriqués, et à réveiller, charnellement, un vécu singulier.


Après cette séquence intensément rythmée, nourrie d’actions hétérogènes – jeu du corps contre une plaque de plexiglas aux reflets fluorescents ; accoutrements de l’artiste, qui enfile une robe patchwork ou s’enveloppe d’une longue perruque blonde –, la chorégraphe ouvre un deuxième volet laissant place à la parole, dans un registre plus léger. Sur une musique d’ambiance jazzy, Meg Stuart évoque pêle-mêle des souvenirs d’enfance, sa conception de l’art, son rapport à la mémoire, quelques futilités. Si l’humour est bien présent et le personnage attachant, la pièce voit glisser la subtilité et la puissance d’une performance déjà bien meublée vers l’anecdotique et la surenchère, prenant le risque de s’essouffler.
Ces quelques lourdeurs sont balayées par un troisième et dernier acte qui tient le spectateur en haleine jusqu’à l’extinction des projecteurs. Reliant le chant au cri, la danse à la transe, l’artiste finit par plonger dans une mise en abîme où son corps se fond parmi les écrans démultipliés.

Hunter de Meg Stuart a été présenté du 4 au 7 février au Centre Pompidou.

Tip Berlin, Die Aura-Jägerin, Arnd Wesemann [ German ]
INFERNO, Hunter: Meg Stuart, Smaranda Olcèse [ French ]
The Irish Times, Built to Last, Michael Seaver
The Irish Times, Built to Last, Michael Seaver (review)
Examinor, Built to Last, Chris O'Rourke
NRZ, Choreographie der Körpererkundung, Michael-Georg Müller (22.09.2015) [ German ]
Deutschlandradio Kultur, Das Ende einer Ära, Christoph Liebold (18.06.2015) [ German ]
Deutsche Bühne, Unbequeme Zügellosigkeit, Vesta Mlaker (20.06.2015) [ German ]
NRZ Der Westen, Choreography of the exploration of the body, Michael-Georg Müller (22.09.2015)
DE MORGEN, Dancing beyond embarrassment - Pieter T' Jonck

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