Meg Stuart
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Jozef Wouters/Decoratelier
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Utopia Parkway, It’s like… He talks a bit and she dances a bit - Hans-Maarten Post (28.01.2017)
Jury report 'het Theaterfestival 2017', INFINI 1-15 (31.05.2017)
der Standard, Meg Stuart: Der wüste Schatz einer verlorenen Jägerin - Helmut Ploebst (21.04.2017) [ German ]
Ruhrtriennale (Programmheft), Es liegt in der Gestalt des Feuers - Jeroen Peeters (08.17) [ German ]
Ruhrtriennale Zeitung, It’s in the shape of fire - Jeroen Peeters (06.2017)
Ruhrtriennale Zeitung, Statt Werkstatt - Jeroen Peeters (06.2017) [ German ]
Deutschlandfunk, "Projecting Space" bei der Ruhrtriennale: Mission mit Zweifeln - Nicole Strecker (02.09.2017) [ German ]
NRZ, Ruhrtriennale: Projecting [Space[ überzeugt in Dinslaken - Bettina Schack (01.09.2017) [ German ]
ResMusica, Ruhrtriennale: Projecting [Space[, émouvant mystère de Meg Stuart - Dominique Adrian (07.09.2017) [ French ]
De Morgen, Meg Stuart with Jozef Wouters at Ruhrtriennale: self-igniting spectacle - Pieter T'Jonck (05.09.2017)
Ruhrtriennale (program booklet), It’s in the shape of fire - Jeroen Peeters (08.17)
Mouvement, Jusqu'à l'arrêt cardiaque - Gérard Mayen (04.05.2017) [ French ]
Les Inrockuptibles, Jusqu’à ce qu’amour s’en suive - Patrick Sourd (06.17) [ French ]

Jusqu’à ce qu’amour s’en suive

Patrick Sourd, Les Inrockuptibles, 06.17

Pièce pour trois musiciens et six danseurs, Until Our Hearts Stop de Meg Stuart est une ode arty à la rencontre et au désir. Farouchement jubilatoire.

Cernée en sa périphérie par un cheminement de luminaires suspendus au plafond, la scénographie témoigne de l’état d'incertitude d'un lieu dédié à l'art contemporain, alors que l’exposition qui s'y tenait est en cours de démontage. Lin empilement de tableaux et un canapé de cuir noir ont été repoussés dans un coin à l'avant-scène. Quelques pièces demeurent toujours en place au lointain. Revêtue d'un bardage de bois à claires-voies, la structure d'un escalier convoque les aspirations à prendre de la hauteur. Elle dialogue avec une monumentale stalactite de tissu bleu qui évoque le vertige d'une chute d'eau tombant à pic des cintres. A la manière d'un ring, le carré luisant d'un sol de plastique noir délimite une petite scène au centre du plateau.

S'amusant des possibles offerts par cet espace qu'elle squatte comme un terrain d'aventure, Meg Stuart se lance, avec Until Our Hearts Stop, dans l'ambitieux projet de rendre compte de la genèse d'une oeuvre se structurant à partir des rapports qui se nouent entre ses interprètes. D'abord réunis comme des êtres indifférenciés, les neuf qui évoluent devant nous vont bientôt se séparer en deux groupes. Trois d'entre eux rejoignent leur instrument (piano, batterie, guitare), restent trois couples qui vont se tester sans limites, au gré de leurs fantaisies. L'occasion d'un quiz mêlant danse et théâtre pour décrier les mille et une manières de rompre la glace. Suite à ce premier contact, on s'amuse à nouer des relations qui s'ancrent sans ambiguïté sur la mise à disposition du corps de l'autre. Enfin, côté sexuel, on fracasse le tabou de la violence en combinant les pratiques du sado-masochisme.

Ce tout espéré d'un spectacle passé par le reniflage, l'attouchement et une danse dans tous ses états qui forment petit à petit la charpente du scenario d'un cabaret ne puisant qu'à l'intime. Affranchie des interdits, l'onde de choc du show épique s'étend naturellement au-delà des limites du fameux quatrième mur, pour inclure dans son emprise les spectateurs de la salle. Baignée par une musique jazz-rock interprétée en live, l’expérience proposée par Meg Stuart se transforme au fil de ses outrances en un délicieux rendez-vous. N'ayant d'autre but que de briser avec la plus touchante des générosités cette bulle de solitude dont chacun est si fier, Until Our Hearts Stop est un hommage à cette infinie liberté qui nous habite et qui donne son prix à l'existence, tant que nos coeurs n'ont pas cessé de battre.

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