Meg Stuart
Damaged Goods
Jozef Wouters/Decoratelier
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Berliner Zeitung, Menschen in Regalsystemen - Michaela Schlagenwerth (28.09.18) [ German ]
La Libre, Meg Stuart, Lion d’or à Venise, dans de nouveaux territoires - Guy Duplat (19.01.18) [ French ]
Le Vif, Trip à la sauce indonésienne - Estelle Spoto (24.01.18) [ French ]
La Libre, Meg Stuart, Golden Lion for Lifetime Achievement, tests new waters - Guy Duplat (19.01.18)
Mouvement, D'huile et d'eau - Sylvia Botella (30.01.18) [ French ]
Mouvement, Of oil and water - Sylvia Botella (30.01.18)
Disfiguring dance, refiguring the human - Allyson Green & André Lepecki on Meg Stuart/Damaged Goods (05.18)
Contemporary Performance, In Performance: Meg Stuart/Damaged Goods, Until Our Hearts Stop - Philip Gates (08.05.18)
Le Devoir, Until Our Hearts Stop: jeux interdits - Mélanie Carpentier (26.05.18) [ French ]

Until Our Hearts Stop: jeux interdits

Le Devoir, Mélanie Carpentier, 26.05.18

Qui connaît les oeuvres de Meg Stuart sait s’attendre à une matière riche, dense et touffue. Until Our Hearts Stop ne déroge pas à la règle. Quitte à nous désorienter, à mettre nos perceptions sans dessus-dessous et, oui, à nous retourner le cerveau. N’est-ce pas là comment procède un acte de magie ? Mais au lieu d’opter pour la tangente plutôt facile de l’illusion scénique, c’est à travers une quête de l’ivresse et de l’extase que nous guident les neufs individus en scène, danseurs-performeurs comme musiciens, s’interchangeant leurs rôles à l’occasion et bravant certains tabous et les conventions du spectacle.

La scène a des allures de studio au milieu duquel un grand quadrilatère en linoleum luisant est collé sur une moquette violette. Les couleurs et un rideau en velours suspendu au plafond rappellent d’emblée l’ambiance traditionnelle des shows d’illusionnistes. Les interprètes, assis au pied d’un escalier en bois en fond de scène, semblent manigancer ce qui est à venir. Top départ. Ils prennent position dedans et en-dehors de la surface miroitante, s’imbriquant les uns aux autres, venant prendre appui sur un flan, un dos, une poitrine pour se tenir debout, se coucher ou s’asseoir. Peu à peu, se forment des agrégats et pyramides humaines. Solides d’abord, puis de plus en plus chancelantes quand chacun s’empresse vigoureusement d’escalader la pyramide. On assiste à une sorte de partie de twister aérien ; une image accentuée par leurs chandails colorés.

Des jeux enfantins aux règles insondables s’enchaînent sous nos yeux, sous forme de luttes acharnées au sol, jusqu’à mettre ses pieds sur les lèvres buccales comme vaginales de l’autre ; avec ou sans vêtement — parfois à moitié défroqués – des chahutages où plaisir et violence se mêlent et où la tendresse voudrait absoudre la cruauté. La horde se sniffe des pieds à la tête jusqu’au derrière – il fallait oser ! Et ça se claque énergiquement les fesses. Ça se gifle la peau jusqu’à en devenir rouge. Ça se pince les mamelons et se tapotte les poils du vagin – cela sans jamais tomber dans la pornographie. Ça joue le jeu de la surenchère et — farces potaches et étranges petites lubies grotesques obligent — ce n’est pas sans déclencher à la fois l’hilarité et le malaise. La raison prend le bord face à ce qui nous paraît, a priori, sans queue ni tête. Une première désorientation s’opère, brillamment amenée, dans une section qui n’est pas sans rappeler 7 Pleasures de Mette Ingvartsen vu au FTA l’année dernière. L’orgie olfactive en bonus.

Balayer l’enchantement

Sitôt un jeu s’installe et est mené jusqu’au bout, il se trouve vite balayé. Entre les séquences chorégraphiées — sorte de rites, de séances de spiritisme et de numéros de magie à la sauce kitsch -, on tremble pour un homme à tête d’argile percutant sourdement le sol ; le micro est volé et les touches du piano piétinées par deux punkettes nues en furie ; un groupe de filles en brassière pigées dans le public hurlent dans une coulisse ; de l’argile est balancée entre les mains des spectateurs ; on chante « bonne fête » tous en coeur à un inconnu… Des pépites de performance qui ne peuvent être trop préméditées et n’avoir lieu qu’en cet instant présent jubilatoire. Les conventions du spectacle explosent, mais là rien de fort surprenant pour un public averti comme celui du FTA. Bien qu’elle ne fasse pas dans la dentelle, Stuart prend cependant des pincettes – fort heureusement – le consentement étant la clé dans l’approche de chaque personne sollicitée.

L’humour noir porté par l’acteur Kristof Van Boven dans un monologue, pied de nez à l’horizon d’attente, parvient à en dérider certains, allant charrier les « egocentric assholes » — espèces surtout rencontrés durant les festivals, dit-il — et remontant avec une subtile ironie à l’historique de l’Usine C.

L’enchantement à tout prix. Voilà ce à quoi renoncent au final Stuart et ses performeurs, à travers une série de fins possibles qui étendent la sauce, jusqu’à adopter la voie d’une fumisterie assumée à travers des caricatures de numéro de magie tombant volontairement à plat. En contrepartie, les états de grâce ne sont qu’effleurés du doigt. Car si l’on se laisse gagner par l’ivresse à regarder les performeurs et musiciens se déchaîner ainsi, dans leur quête d’absolu — jalousant parfois cette liberté — l’extase quant à elle ne reste qu’une promesse suspendue dans son envol. Ce qui vient de se dérouler sous nos regards médusés — parfois nous laissant hilares, perplexes, provoqués, choqués, perturbés et rêveurs — n’en reste pas moins un terreau fertile à la réflexion, seulement possible une fois le tout bien décantée.

Lèche-Vitrine, Entrevue avec Meg Stuart sur UNTIL OUR HEARTS STOP - Philippine Vallette (28.05.18) [ French ]
La Libre, Comment peut-on survivre au chaos? - Guy Duplat (02.06.18) [ French ]
De Morgen, Instagram avant la lettre - Pieter T' Jonck (20.06.18) [ Dutch ]
Die Presse, Tanz der intergalaktischen Krieger - Isabella Wallnöfer​ (01.08.18) [ German ]
TanzRaumBerlin, Scope for freedom - Astrid Kaminski (03.18)
Der Standard, Practicing dying with ironic grandeur - Helmut Ploebst (24.11.18)
Der Standard, Sterben üben mit ironischer Grandezza - Helmut Ploebst (24.11.18) [ German ]

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