Meg Stuart
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Jozef Wouters/Decoratelier
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TANZQUARTIERWIEN, Real walls to deal with - Hanna Palme, Michael-Franz Woels (13.02.2011)
LA TERRASSE, "Les danseurs vivent une transmutation" - Gwénola David (07/2011) [ French ]

Depuis qu’elle a débarqué en Europe en 1991, Meg Stuart fait oeuvre singulière et écorche vif les apparences sociales plus ou moins joliment vernissées. Radical, à l’écart des modes comme des postures, sa danse met en scène des états de corps qui laissent échapper les gestes du désastre intérieur contaminé par le chaos de l’époque. Avec VIOLET, elle propose un voyage mental, par la danse et dans la danse, où l’abstraction du geste donne formes aux perceptions du monde.

VIOLET semble plus abstrait que vos précédentes pièves, qui travaillent sur le corps social. Cette création marque-t-elle une inflexion dans votre démarche ?
Meg Stuart : J’étais en recherche d’un autre mode d’expression, plus abstrait en effet, d’un mouvement qui parle des impulsions du corps et non d’une narration. Mes précédentes créations ont souvent fouillé les structures familiales et sociales, les interactions avec l’intime et le quotidien, les dynamiques des relations humaines. VIOLET explore par-delà les schèmes sociaux, par delà les mécanismes psychologiques et va chercher les pulsions, l’énergie, l’invisible… Les cinq danseurs ne sont pas des personnages, mais des individualités, comme cinq voix différentes qui possèdent chacune leur rythme, leur qualité de gestuelle, leur intensité de présence, et qui se combinent ensemble. Ils le tiennent en ligne au fond du plateau et avancent peu à peu, portés par une vague continue de musique de plus en plus intense : ils vibrent intérieurement, se déforment jusqu’à devenir presque monstrueux, voyagent dans leur paysage mental.

Cette recherche a-t-elle modifié le processus de création ?
M. G. : J’ai suivi le même processus, qui part d’improvisations. Je donne des « taches » aux danseurs, sous formes de questions, de mots ou d’images, je leur fais des propositions, je leur parle, je les guide durant le travail, pour les amener à sortir d’eux-mêmes. L’émotion vient ici par l’épuisement, par la physicalité, par la répétition. J’ai fait des recherches sur l’alchimie, j’ai beaucoup observé les motifs de la nature, les schémas de la psychologie, émotionnelle et physique, les symboles, les structures itératives. Les gestes naissent des impulsions, de l’accélération de l’énergie, des connections entre l’esprit et la chair. Les danseurs sont enfermés dans un « trip » sans fin, sans échappatoire, qui les pousse à leurs limites physiques et s’enfonce de plus en plus profondément dans les perceptions. Leur danse, très organique, s’appuie sur des micromouvements complexes, sur un travail des bras, sur des états proches de la sensation d’effondrement et de la tension orgasmique. Elle les transfigure, comme une catharsis.

Comment avez-vous travaillé avec le musicien Brendan Dougherty, qui joue sur scène en direct ?
M. G. : Il a partagé tout le processus de création avec nous. Sa musique mélange des sons électroniques et des percussions, elle est extrêmement puissante et soutient la montée de l’énergie sur le plateau.

Cette pièce est-elle moins politique que vos précédentes ?
M. G. : VIOLET est un processus qui amène à d’autres perceptions du monde, à une modification de l’état de conscience. C’est une expérience de l’accélération de temps, qui fait écho à celle que nous éprouvons aujourd’hui. Les danseurs vivent une transmutation. Ce sont des individus traversés de forces contraires, qui marchent ensemble et séparément. Ils se dissolvent et se reconstruisent, selon des cycles, comme dans la nature. Ils ne sont pas à l’unisson mais coexistent sans hiérarchie. Ils deviennent des signes. Je crois que les formes et l’abstraction peuvent se révéler d’une très grande force pour le public.

THE BULLETIN, Non-shrinking Violet - Oonagh Duckworth (22/09/2011)

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